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Nous crierons : Regardez ! Elle a toujours vingt ans.
Regardez son beau corps que baise le printemps.
Son bois ressuscité, son front qui se relève,
Ses vrilles s'agrippant partout comme une main.
Et la pointe de ses bourgeons teints de carmin,
Sang rose à la pointe d'un glaive !
Nous crierons : A l'assaut du soleil, regardez
Par ses soldats tous les coteaux escaladés
Sous de verts étendards, couleur de l'espérance !
Nous crierons : Salut, Vigne, héritage divin !
L'âme de nos aïeux est dans l'Âme du vin.
Nous crierons à la France : O France,
Aime la Vigne ! Aime ta mère ! Tu lui dois
La flamme de tes yeux, l'adresse de tes doigts,
L'essor de ton esprit qui fuse en étincelle,
Ton parler lumineux, ton mépris des dangers,
Et de voir, quand ton sol se couvre d'étrangères.
En jaillir Jeanne-la- Pucelle !
Jean Richepin (1849-1926), Ode à la Vigne, Le Journal, numéro du 87
février 1900.
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